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Le billet du professeur KOLESSNIKOW N°13

N°13 : janvier 2022. Grâce au trublion Zemmour, c’est une sacrée présidentielle qui s’annonce en perspective !

 

Le 13 septembre 2021 le CSA, qui théoriquement a pour fonction de protéger le pluralisme politique dans l’audiovisuel, enterrait pour la télévision le principe démocratique de la liberté d’expression (qui prévaut toujours pour la presse écrite depuis la loi sur la liberté de la presse de 1881). En effet, suspendant de facto Éric Zemmour de l’émission phare « Face à l’info » (vu que personne ne s’est montré capable de le mettre KO dans un débat à armes égales), le président du CSA (nommé par Macron) établit clairement aux yeux du pays tout entier la volonté de mainmise du politcorrect sur la libre pensée (réfugiée notamment sur la chaîne privée CNews) : un journaliste « présupposé candidat » peut être désormais interdit de parole pour ses prises de position (mais la règle ne s’applique pas au présupposé candidat et président Macron). Les mêmes qui s’en réjouissent se piquent de critiquer le régime de démocratie musclée de Poutine, qui utilise justement ce genre de pratiques : allez donc y comprendre quelque chose ! Les caricatures de Mahomet c’était la liberté d’expression, mais le discours de Zemmour, lui, est privé d’antenne… Et cela au lendemain de la relaxe du polémiste dans un procès où il était jugé pour soi-disant « injure et provocation à la haine » contre l’islam et l’immigration (en 2019 durant la Convention de la Droite à Paris) ! Ce n’est pas un hasard si l’image de Zemmour est devenue si populaire au point qu’il soit crédité de 10% d’intentions de vote dès septembre 21 à la présidentielle de 2022 et de 17% en octobre (avant de redescendre à 15 ensuite) alors même qu’il n’était pas un candidat ouvertement déclaré : pour un nombre croissant de Français qui ont mal à la France et ne se résignent plus à sa molle décadence tout en ne trouvant aucune voix pour exprimer leurs vues, l’arrivée du trublion Zemmour donne l’espoir que l’on discute enfin des thématiques qui leur sont chères (et que la classe politique avait mises sous le tapis depuis plusieurs dizaines d’années tout en se drapant ostensiblement dans les « valeurs démocratiques »).

Bref, au lieu d’un nouveau second tour désespérant Macron/Le Pen et d’une nouvelle poussée de l’abstention dans un univers glacé « façon Brejnev » (dont les observateurs patentés seraient encore venus doctement expliquer que les Français, trop individualistes et j’menfoutistes boudent les urnes), pour la première fois l’hypocrisie du politiquement correct est médiatiquement dénoncée : le roi est nu ! C’est un véritable séisme, comparable à la « perestroïka » de Gorbatchev… Ainsi Zemmour est-il parvenu à imposer ses thèmes à la classe politique ! C’est là un tour de force prodigieux et, comme dans le conte d’Andersen, la peur change brusquement de camp, car la lutte n’est pas entre un peuple de droite contre un peuple de gauche… Le mensonge de l’antique fable marxiste se dissipe enfin : sur tous les sujets de fond le peuple français se rassemble à 70/75% contre une clique médiatico-politique qui tient le pays par la force des médias, la république des juges, l’auto-illusion d’une classe politique dépassée et par les minorités actives progressistes. Zemmour sera lâché fin juin 2021 par son éditeur Albin Michel, interdit de conférence à Londres, violemment pris à partie à Genève mais aussi à Marseille (novembre) et au meeting de Villepinte (décembre), où les forces antidémocratiques, racialistes et haineuses wokistes (les soi-disant « antifas » spécialisés dans la provoc et l’agit-prop d’extrême gauche) se sont surpassées, etc. Peu importe son score final. Taxé d’extrême droite, sans doute pour la rudesse de ses propos, notamment l’égalité trop caricaturale qu’il établit entre islam et islamisme, alors qu’il fait montre d’un tempérament simplement conservateur, cet OVNI médiatique d’origine populaire, diplômé de Sciences Po (qui s’est lentement fait connaître au fil de ses livres et de ses interventions notamment dans l’émission de Ruquier On n’est pas couché, puis pendant deux ans chez Christine Kelly sur CNews), a déjà gagné, car son vrai job c’était de réveiller la France, de faire prendre conscience à l’opinion du danger de la voir disparaître et de redonner l’espoir en cassant la vieille langue de bois au pouvoir médiatique depuis 40 ans !

C’est cela qui gêne le président Macron, assuré qu’il était auparavant de remporter les élections si Marine Le Pen passait le 1er tour grâce au système du « Front Républicain » (cf. infra). Par contre, en imposant dans le débat des thèmes de campagne qui sont plus naturels à la droite (même si cette dernière y avait renoncé depuis longtemps par peur de la gauche), à savoir le débat sur l’immigration, la sécurité, l’identité, le rôle de l’État, la souveraineté, le contrôle des frontières, etc., la sympathie pro Zemmour ira-t-elle jusqu’au bout en rééditant en France un succès populiste à la Trump, ou bien va-t-elle se décaler vers un autre candidat de droite par le mécanisme du vote utile au premier tour (en l’occurrence Valérie Pécresse, choisie par LR) ? Là, la situation du candidat Macron serait plus délicate, plus que contre Marine Le Pen qui résiste pourtant bien. Certes l’oligarchie de la gauche caviar progressiste, installée aux commandes des médias du service public dans les fourgons de Mitterrand, et qui est directement menacée dans le monopole idéologique qu’elle s’est taillé au sein de l’univers presse, radio, TV, Internet, lui apporte tout son soutien. Mais Zemmour ayant réussi à renverser la table, les cartes sont brutalement rebattues ! Le jeu politique redevient beaucoup plus ouvert et incertain : exit le vieux ronron électoral de l’UMPS en place depuis 1986 (cette année-là le rusé renard Mitterrand avait fait élire 30 députés FN grâce à la proportionnelle, puis la gauche, hurlant à la menace fasciste, avait réussi à faire tomber la droite dans le piège en imposant un « cordon sanitaire » qui évoluera en Front Républicain et la couperait en deux)…

Mais ôter l’antenne à un homme qui dérange cela représente le grand retour de la censure en France, comme au temps de l’ORTF (à l’époque au moins entendait-on des commentaires au vitriol dans la presse et à la radio avec les chansonniers). Tout comme le Conseil scientifique a eu la peau de Raoult, le CSA pensait avoir obtenu celle de Zemmour !… Raté ! La fin d’année 2021 aura été marquée par le tour de France du non candidat adulé, alignant meetings et conférences, et soulevant partout un fol enthousiasme, pour le coup impossible à masquer, ce qui pour le pouvoir prend un tour autrement dangereux que les manifs anti-pass, la lassitude post Covid, et le ras-le-bol à l’égard de la macronie. Zemmour devient l’incontournable des plateaux TV : le pouvoir médiatique s’est pris à son propre piège ! Voulant faire taire le polémiste, il l’a imposé partout. Il s’agit donc à présent de savonner la planche de la course à la présidentielle au célèbre et incroyablement populaire éditorialiste avec des méthodes bien perverses, à commencer par la diffamation, les commentaires haineux, les citations tronquées, les manifs « antifas », etc., et surtout le deux poids deux mesures… Or et c’est intéressant, malgré leur opposition radicale, Macron et Zemmour se ressemblent beaucoup car le président aussi a totalement renouvelé le jeu politique !

Le quasi inconnu Emmanuel Macron qui s’est engouffré au pouvoir en 2017 en profitant d’un invraisemblable alignement des planètes (le suicide simultané de la droite et de la gauche) sait bien tout le danger de ce genre de candidature surtout dans un contexte de populisme rampant. Arrivé au pouvoir sans aucun programme autre qu’une énumération poétique de lendemains chantants et ne sachant toujours pas aujourd’hui où il veut aller, le très pragmatique président du « en même temps » (ce qui peut être nécessaire lorsqu’il ne s’agit pas de dire « tout et son inverse ») et toujours présupposé candidat est parvenu à plonger le pays dans un endormissement des cerveaux et un régime de liberté conditionnelle (qui se justifie face à la pandémie mais fait craindre pour l’avenir, car il conserve son horizon bisounours de citoyen du monde), tout en s’entourant de ministres qui ne laisseront pas toujours un souvenir impérissable… Alexis de Tocqueville, Aloïs Schumpeter, Raymond Aron avaient vu juste : le premier en disant que le danger des démocraties c’est que le peuple confie aveuglement le pouvoir à une clique, le deuxième expliquant que les sociétés libérales sont rongées par des cracheurs dans la soupe professionnels et le troisième pointant le progressisme comme étant l’opium des intellectuels.

Isolé dans son palais Emmanuel Macron fait penser à un Henri III, monarque à la personnalité complexe, intelligent, autoritaire et secret mais à la volonté incertaine et desservi par les événements des guerres de religion… Après le coup de semonce des gilets jaunes, resté incompris, et celui des manifestations contre sa réforme des retraites (incompréhensible), il va s’engluer dans un changement discutable de 1er ministre et affronter la pandémie avec un Conseil scientifique qui restera sans doute dans les annales. Certes à l’international, il épate lorsqu’il déclare par exemple l’Otan en état de mort cérébrale (2019), mais reste KO debout face à l’affaire des sous-marins australiens (en 2021), lorsque lourdé par Boris Johnson et Joe Biden, il ne veut pas voir que le R.U préférera toujours le grand large et que l’Allemagne alignée sur l’Amérique ne veut aucunement construire une Europe de la Défense. Sa cote de popularité très basse (malgré l’habile présentation des journaux de cour : elle surnage à peine au-dessus de celle, historiquement catastrophique, de Hollande) illustre la fameuse coupure du pays 70/30 chère à Zemmour. Mais ce dernier n’est pas un politique, entend-on dire, il n’ira pas loin : c’est à la fois vrai (parfois des maladresses) et faux (c’est sa sincérité qui plaît) et surtout c’est oublier qu’il est un journaliste, ce qui est peut-être, vu l’émergence de l’État-Spectacle, encore mieux pour lui !

Cependant, si le polémiste de talent possède des références littéraires et historiques hors pair qui lui permettent de bien mieux analyser la situation que le président, issu de la caste des hauts fonctionnaires et du milieu de la banque, aurait-il eu la capacité, les nerfs et la lucidité de gérer ces crises sans trop de casse ? C’est là une interrogation lancinante alors que le temps presse. Macron se déchire entre adhésion à la culture woke (repentance) et discours patriotique (Marseille), pendant que le tribunal inquisitorial politico-médiatique progresse à pas de géants en faveur d’un « totalitarisme hurleur », cf. la tribune de 150 journalistes qui dans Médiapart disent vouloir censurer Zemmour, puis c’est le secrétaire général du parti communiste Fabien Roussel qui déclare qu’il devrait être « inéligible », Mme Hidalgo, la maire de Paris, qui le traite de « négationniste », Mélenchon qui l’appelle un « ennemi du genre humain » !… Après sa déclaration de candidature du 30/11/21 et son passage au 20h de TF1, où un présentateur désinvolte parvient à l’enfermer, devant plus de 7 millions de téléspectateurs, dans des questions superficielles et largement hors de propos, c’est quasiment l’ensemble de la classe politico-médiatique qui se livre dans ses commentaires à un déchaînement de mauvaise foi et de bêtise (avec comme toujours des sommets atteints par l’inénarrable chroniqueur BHL, qui le voit « exploser en plein vol »), étalant aux yeux de tous son incapacité à comprendre que c’est elle la seule responsable de l’invraisemblable état de délabrement de la société française. Bref le système fait bloc contre notre trublion et les masquent tombent !…

Alors que le parlement français plie devant l’idéologie politcorrecte de la Cour de justice européenne (et du Conseil de l’Europe dont fait partie la Turquie) qui le désarme face au tsunami migratoire, et qu’à l’intérieur l’interprétation élastique du Droit par les tribunaux remplace pour finir un pouvoir législatif pour le moins conformiste à l’égard du prince et d’ailleurs devenu invisible, le pouvoir central lui-même se disloque : de grandes villes ont déjà leurs quartiers interdits à la police d’État (ghettos de Paris, Marseille, Nantes, Mulhouse, Grenoble, etc.), où règne la charia ou la mafia on ne sait plus trop bien. Ne reste plus que le retour des mercenaires pour transformer la République française en un tissu de places fortes comme au Moyen Âge. Mais dans son allocution du 9/11/21 le président n’a pas dit un mot de la peur des Français de voir se dissoudre leur identité, comme s’il regardait et ne voyait pas (et rebelote le 15/12 à TF1)… J-F. Revel nous avait prévenu : les démocraties sont mortelles ! Dans ces conditions le fait que le peuple se réveille ce n’est pas la victoire de la démagogie mais bien l’antidote au risque d’une guerre civile ! Contre la pusillanimité et l’aveuglement des élites en place, il faut bien que la France retrouve un sursaut vital pour affronter ses nombreux problèmes, non pas seulement identitaires mais aussi économiques et sociaux, mis en exergue par petits bouts au sein des différents partis, chacun selon sa sensibilité irremplaçable. Alors maintenant que la parole se libère, vive la France !

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