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Le billet du professeur KOLESSNIKOW N°12

N°12 : décembre 2021. Retour sur le dossier Raoult : la mode de la randomisation et l’éclipse de l’hydroxychloroquine

Les essais randomisés sont utilisés depuis la fin du 19ème (en psychologie expérimentale, agronomie, etc.), ils investissent le champ de la médecine à la fin des années 1940 ; puis la méthode sera utilisée en économie pour évaluer les politiques publiques dans les années 60/70 aux États-Unis (de manière décevante). Mais la mode revient en force en Europe au début des années 2000 sous l’influence de l’économiste Esther Duflo (Nobel 2019) en matière d’évaluation de lutte contre la pauvreté, au point que les médias n’avaient plus que ce mot à la bouche pour recaler au début de la pandémie du Covid l’hydroxychloroquine du professeur Raoult, qui n’avait pas suivi les tests statistiques randomisés en double aveugle, la méthode scientifique par excellence ! Et les journalistes de dévaluer l’approche classique des méthodes observationnelles et historiques du médecin marseillais qui soignait ses malades avec le protocole hydroxychloroquine-azithromycine, mesurant l’évolution de la charge virale et comparant les chiffres de la mortalité avec d’autres groupes ; des chiffres qui s’avèrent d’après lui moitié moindre à l’IHU de Marseille sur plus de 3000 cas traités en avril 2020 (on en sera à 5000 cas traités à l’époque du Rapport au Sénat du 15/09/20 et l’étude publiée en novembre 2021 porte, elle, sur 13000 cas)… Mais pour les commentateurs, Didier Raoult, le découvreur des virus géants, pointure mondialement reconnue dans le milieu des infectiologues, n’était plus qu’un has been ! Voyons voir…

La grille d’analyse du criminologue Alain Bauer (ancien maître du Grand Orient) utilisée dans une interview par Jean Philippe Denis sur Xerfi Canal du 22/07/21 permet d’y voir plus clair : il distingue les médecins du front qui font face comme ils peuvent, empiriquement, au chevet des patients, les médecins gestionnaires qui remplissent des grilles Excel à partir de données abstraites et de choix binaires, et les chercheurs qui s’affairent dans leurs labos pour vous guérir « vingt ans après votre mort »… C’est justement au sein de ces derniers groupes que se trouvent les « méthodologistes » (ainsi que les nomme le Pr. Raoult) qui dominent à présent les CPP (comités de protection des personnes, une innovation de l’OMS 1982) avec la vogue des ECR (études contrôlées randomisées). D’après le réseau Cochrane, spécialiste au R.U. des études comparatives, il n’existe pas de différences significatives avec les résultats des méthodes classiques. Or ces études randomisées sont tout à la fois extrêmement coûteuses, longues et totalement inadaptées aux maladies infectieuses. Si la méthodologie remplace la médecine, on peut arriver à faire des catastrophes, écrit Didier Raoult dans ses « Carnets de Guerre Covid 19 », p269.

En effet, en temps de crise sanitaire, les essais randomisés ne sont pas pertinents : la rapidité même des complications virales fait que les essais cliniques donnent immédiatement des résultats concrets, positifs ou négatifs : il est dès lors très facile de mesurer l’efficacité réelle du médicament, ce qui fut réalisé à l’IHU de Marseille avec l’hydroxychloroquine : utiliser un anticoagulant dans le Covid 19 qui donne des troubles de la coagulation (via la réponse immunitaire) n’était pas forcément farfelu, sachant de plus que la molécule, utilisée des millions de fois depuis 80 ans était sans danger (à la dose voulue bien sûr) et très efficace contre le paludisme, le lupus, etc. Pour un soignant convaincu de visu du bien-fondé de sa médecine de terrain, les essais de randomisation s’apparentaient au contraire à des tests pour voir si des personnes qui sautaient d’un avion sans parachute avaient plus, moins, ou autant de chances de s’en tirer que ceux équipés d’un parachute !… Les malades clients au suicide pour la beauté de la science ne se pressaient pas, on le comprend aisément, et les études randomisées sur le protocole Raoult seront finalement abandonnées ou plutôt mises de côté ! Car là se trouve le lézard magnifique : une soudaine attaque frontale contre l’hydroxychloroquine par des personnes que le Dr. Raoult qualifie de « pieds nickelés », dans une étude que l’histoire de la médecine retiendra sous le nom de Lancet Gate

Le 22 mai 2020 la prestigieuse revue scientifique « The Lancet » publie une étude portant sur plus de 90 000 personnes (prises dans des bases de données) montrant que 10% mouraient de l’hydroxychloroquine : ainsi ce traitement n’était pas simplement inefficace mais dangereux ! Bref, ce médicament, parfaitement inoffensif, quotidiennement consommé de par le monde depuis des décennies, faisait brusquement plus de morts que ceux déclarés dans le cadre de la pandémie ! À la suite de ce papier, en l’espace d’un weekend, le ministère français de la santé allait interdire la vente de l’hydroxychloroquine. Certes on s’apercevra très vite du scandale de cette étude : un foutage de gueule, élaboré par la société fantôme Surgisphere appartenant au Dr Sapan Desai (un individu un peu loufoque dont les employés travaillent plutôt dans l’événementiel) et le célèbre journal scientifique se rétractera piteusement quelques jours plus tard le 4 juin… Mais comment l’argumentation scientifique et rationnelle avait-elle pu brusquement céder le pas devant une curée médiatique purement idéologique de médecins-journalistes de plateau TV, voire d’éminents spécialistes devenus brutalement autistes ?!! Nous y reviendrons…

Cependant le mal était fait. L’OMS stoppe les essais cliniques sur l’hydroxychloroquine et le traitement concurrent, le Remdesivir de Gilead (2340 dollars pour un traitement normal de 6 flacons sur 5 jours contre quelques euros pour l’hydroxychloroquine) l’emporte. L’Europe en achètera pour un milliard d’euros, rapidement jetés à la poubelle lorsque l’on s’apercevra qu’il est inefficace et comporte des effets secondaires graves en termes d’insuffisance rénale. L’omerta du monde médiatico-médical est alors totale. Les journalistes ne relaient pas l’info. Le Conseil de l’Ordre menace de rayer de ses rangs les médecins de ville réticents (cf. lutte de l’association « laissez-les prescrire« ). Ici et là les soupçons de corruption entre corps médical et Big Pharma commencent à répandre leurs odeurs nauséabondes qui vont faire le lit des complotistes : un vaste programme d’éradication d’une population surnuméraire par rapport aux capacités de la planète serait à l’œuvre, préparé depuis longtemps par des élites sans âme et sans cœur, du pur James Bond !

C’est là, lorsque le réel est trop complexe pour être expliqué facilement, que la sociologie est utile : les « conflits d’intérêts » (ici parfaitement connus et transparents), se montent sur ce dossier à plusieurs centaines de milliers d’euros pour chaque personne incriminée dans le corps médical parmi les infectiologues de renom et/ou membres du Conseil Scientifique. Mais ils ne sont pas synonymes de concussion ou de prévarication ! Nous avons là des personnes qui partagent une même vision de la science (car le verbiage de « communauté scientifique » n’est qu’une coquille vide servant à masquer les luttes permanentes et durables entre savants, qui se jettent à la figure leurs diagnostics contradictoires, ce qui ne date pas d’hier (cf. les médecins de Molière) : en médecine, pas plus qu’en astrophysique, en économie ou dans n’importe quelle science, il n’y a jamais consensus à « l’instant t » ! La science est un terrain perpétuellement conflictuel, entre science dominante et science dominée : les lieux du savoir, loin d’être purs et désincarnés, sont traversés par le carriérisme, les jeux de pouvoir, les jalousies féroces, les haines recuites, les paradigmes inconciliables, etc. (et c’est parfaitement normal, la nature humaine étant ce qu’elle est). Ainsi, lorsqu’un ponte « reconnu » apporte ses lumières scientifiques à un groupe pharmaceutique qui lui déroule le tapis rouge (prise en charge VIP des frais de transport, d’hôtel, de restaurant, en sus de la rémunération normale de son expertise), on est là dans une zone grise, dans l’entre-soi, dans la bien-pensance commune d’une science dominante et non dans le banditisme !

Aujourd’hui on est passé à un autre sujet, qui a fait oublier celui du traitement, c’est celui de la vaccination. Le groupe Pfizer, aidé par Trump qui lui a garanti les débouchés par une commande d’achat anticipé, cf. Opération Warp Speed (laquelle a par ailleurs financé, directement cette fois, d’autres entreprises pour leur recherche), a finalement gagné la course avec son vaccin à ARN messager sans doute le meilleur donc, se remplissant les poches avec un chiffre d’affaires inespéré de 33 milliards de $ pour 2021 (moitié moins pour Moderna), cependant que les vaccinations 3ème/4ème doses, etc., sont en bonne voie. Raoult a été éjecté de la direction de son IHU par F. Crémieux (le nouveau directeur de l’AP-HM), puis convoqué par le Conseil de l’Ordre pour un procès en sorcellerie, Agnès Busyn fait figure de bouc émissaire pour les erreurs de gestion de la crise sanitaire, le vaccin Spoutnik n’est toujours pas reconnu (les Russes ayant sans doute oublié de mettre un timbre-poste en envoyant le dossier), pas plus que le Sinovac chinois (validé cependant par l’OMS pour le tiers monde depuis le 1er juin 2021), etc… Il y a toujours un gagnant dans l’économie de marché : l’histoire du capitalisme industriel regorge de ces sagas fabuleuses sur fond de coups tordus (je les ai d’ailleurs enseignées à l’université). Et maintenant que la question du traitement n’est plus le sujet principal, l’hydroxychloroquine (dont la question de l’efficacité divise toujours autant le corps médical) est à nouveau en vente libre via un arrêté du 10 juillet 2021 (article 36) ; reconnue inoffensive, elle peut être prescrite par un généraliste comme avant (retour en catimini à la case départ). Tout baigne, et ainsi va le monde…

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