Skip to main content

Le billet du professeur KOLESSNIKOW N°11

 N°11 : novembre 2021. Le coût du « bolchevisme dans les têtes« 

Je voudrais développer le thème du Billet N°3 : le paradoxe français des dépenses publiques. En effet nous dépensons plus que les autres (62% du PIB en 2019 contre 51% pour l’Allemagne, 54% dans la zone euro), alors comment se fait-il que chez nous l’armée, la justice, l’hôpital, l’école, etc., soient à l’os ? Qui ment ? Nos universités sont trop souvent délabrées, nos commissariats de police trop souvent dignes du tiers monde, nos hôpitaux sous-équipés avec des personnels sous-payés, nos régiments attendent désespérément leurs armes, etc. C’est là un fait : lorsqu’un greffier vous dit : « je pose par terre ce dossier car nous manquons d’armoires et je le reprendrai dans deux ans car j’en ai d’autres en attente« , on est légitimement saisi d’effroi et de stupéfaction (un procureur en France reçoit en moyenne 10 fois plus d’affaires à gérer que ses homologues européens et les effectifs de personnels non-juges sont près de deux fois moins nombreux en France qu’en Europe) ! Les spécialistes patentés nous expliquent avec leur science d’expert-comptable qu’il y a ici et là de la bureaucratie, des gaspillages, un manque d’efficacité, que la démographie française entraîne un boom spécifique des retraites par rapport à Allemagne (où inversement  l’école commence à 6 ans et non 3 ans), etc. ; Au final, politiquement, notre société capitaliste ne pourrait plus respirer sous le flot des dépenses publiques ou bien au contraire il faudrait accélérer la transformation sociale d’une société basée sur le profit… Monstrueuse erreur d’analyse : les défauts incriminés ci-dessus existent bien, mais l’éléphant dans le salon les « experts » ne le voient pas !

L’École tout d’abord, c’est le premier problème. Au sens large, avec la recherche et l’enseignement universitaires, c’est un budget de l’ordre de 100 milliards d’euros. Depuis 1989 le cap est celui de la massification scolaire : objectif 80% d’une classe d’âge au Bac, puis 50% à Bac + 3 depuis 2005 (il s’agissait de monter les qualifications et d’œuvrer à l’égalisation des chances). Or ce n’est pas l’école qui a joué le rôle de l’ascenseur social, mais la croissance économique des Trente Glorieuses qui a multiplié les besoins en techniciens, cadres moyens, supérieurs et administratifs. Quant aux besoins en qualifications, le capitalisme fonctionne toujours avec la même loi de prolétarisation : les ouvriers d’hier sont remplacés par les employés d’aujourd’hui, on a seulement changé les dénominations (le fameux technicien de surface remplace le balayeur des rues), de sorte que le tiers d’une classe d’âge au Bac général suffirait largement, comme en Allemagne ! En fait, l’égalité des chances est moindre aujourd’hui qu’hier : l’élitisme républicain ouvrait davantage les portes des grandes écoles aux élèves talentueux et bosseurs des milieux populaires… Pire : pour parvenir à hisser les générations vers Bac + 3, l’on a créé un monstre où l’enseignement est devenu impossible ! Avec la meilleure volonté du monde un élève sur deux ne peut entendre la voix du professeur qui s’égosille dans le chahut général. Là est le gaspillage idéologique organisé ! D’où la fuite vers l’abaissement du niveau, la dévalorisation des diplômes, le déclassement des jeunes de plus en plus amers et candidats à l’expatriation aux États-Unis, Canada, R.U., Russie, Chine…

Sécurité et Justice maintenant : en gros 35 milliards en jeu au total, c’est le 2ème problème ! Les prisons françaises battent des records de surpopulation au point que les juges hésitent à prononcer des peines inapplicables faute de place : seules 50% des peines débouchent sur la prison, surchargée de détentions provisoires en attente de jugement… Bref les policiers font un travail harassant et dangereux avec un courage exemplaire, attrapent les délinquants qui passent devant un juge débordé et se retrouvent dehors et il n’y a plus qu’à recommencer le même travail plusieurs fois ! C’est le tonneau de Danaïdes, un gaspillage qui engendre la démoralisation des juges et des policiers et qui gangrène la société en laissant se développer les délits. D’ailleurs les petits délinquants ou les casseurs du mobilier urbain sont en écrasante majorité des jeunes de moins de quinze ans qui ne risquent rien d’autre qu’un savon (ce sont nos vaches sacrées). Mais ce phénomène, aggravé par le manque de moyens dû à 40 années d’austérité, ne sort pas de nulle part : il vient d’abord du laxisme assumé d’une bonne partie des magistrats et des politiciens (de gauche comme de droite) qui ont mordu à l’idéologie marxiste bisounours du criminel victime de la société et il s’appuie ensuite sur les médias branchés du boboïsme parisien. Tout ce joli monde pense que le vrai responsable serait, non le délinquant, mais le système capitaliste et qu’il faut non pas sévir mais prévenir, encore et encore, ce qui revient là aussi à jeter l’argent par les fenêtres…

On a donc déjà sur ces deux points une masse de 135 milliards sur la sellette (sur un budget purement étatique d’environ 500 milliards) et si tout le monde se renvoie la balle, reste qu’une bonne partie est gaspillée, peut-être bien la moitié !! Tout cela à cause d’une idéologie délétère, la culture de mort marxiste… Certes la poussée communiste qui voulait abattre « l’ordre bourgeois » (tout en glorifiant Staline) a été ressentie dans toute l’Europe après la Seconde Guerre et la contestation étudiante aux États-Unis a enflé dès 64 (cf. Berkeley), mais c’est seulement en France que s’est produit un vrai Mai 68, non pas comme simple révolte générationnelle mais mouvement de fond politique ! Si le marxisme a pénétré les sociétés européennes, ce n’est qu’en France, patrie de la contestation révolutionnaire, que cette illusion romantique (gauchiste, maoïste, trotskyste ou stalinienne), qui veut que l’injustice vienne du « système » et que l’individu soit innocent, a tenté de prendre le pouvoir. Ce passage de l’illusion à l’action, du marxisme au bolchevisme, a un seul modèle : Lénine ! En effet, au Royaume-Uni comme en Allemagne c’est la social-démocratie qui l’avait emporté dès la fin du 19ème siècle, alors qu’en Europe du Sud c’est la lutte classique qui se poursuit (guerre entre les Églises communiste et catholique en Italie ou contre le franquisme en Espagne). L’échec politique de Mai 68 en France aura été en fait une victoire culturelle de ce mouvement d’idées, dont les valeurs vont infuser comme un sachet de thé Lipton dans une tasse de porcelaine, ce que j’appelle le « bolchevisme dans les têtes » (le polit-correct n’en représentant que le versant moral actuel) !

Sous la pression de l’intelligentsia de gauche les réformes de la justice vont donner la priorité à la prévention alors que la sanction passe aux oubliettes et que la prison ne doit plus protéger le citoyen honnête ; dans le domaine éducatif les talents sont niés et la discipline abolie, ce qui n’est pas viable, pas plus que n’est réaliste l’hypothèse selon laquelle tout gamin serait un prix Nobel en puissance pour peu qu’on lui en donne les moyens matériels, ce qui est le théorème de base des activistes autoproclamés des soi-disant « sciences de l’Éducation » ! La vérité c’est donc que l’on gaspille au bas mot une soixantaine de milliards d’euros par an en ce qui concerne l’ensemble Éducation Nationale + bloc Sécurité-Justice, par pure bêtise idéologique et perte du bon sens commun. Pendant 30 ou 40 ans, le pouvoir médiatique, lui-même largement polit-correct (ce qui est le dernier avatar en date de l’idéologie marxiste), a occulté ce phénomène jusqu’à ce qu’aujourd’hui certaines voix discordantes ruent dans les brancards, parvenant par miracle à crever le plafond de verre idéologique : de J.P. Brighelli avec sa « Fabrique du crétin » à CNews, avec Zemmour notamment, caricatural, mais critique de génie, cf. « Le suicide français« , en passant par Natacha Polony ou le regretté C. Jelen, cf. « Les casseurs de la République« , un livre prémonitoire, et occulté, de 1997. Ces voix parviendront-elles à se faire entendre avant que la France ne succombe ?…

Enfin, last but not least, le coût (difficilement chiffrable) de l’immigration dans les dépenses de la Sécurité sociale (le gros des dépenses publiques !), c’est le 3ème problème ! La fourchette est vaste là encore sur ce dossier très politique, pour l’argent généreusement offert : de 10 milliards selon l’OCDE à 40 milliards pour l’étude du CEPII, voire 70 milliards selon certains experts (sur un montant total d’environ 750 milliards de prestations), entre les APL, les dépenses de santé, le regroupement familial, les allocations données aux familles polygames, aux clandestins qui vivent tranquillement sur le sol national (aides médicales d’État, minima sociaux, aides municipales au transport, hébergement d’urgence…), etc. C’est là une question brûlante que l’on ne peut évacuer d’un revers de la main. Les ONG, les commentateurs décoloniaux et autres accusateurs publics (souvent trotskystes) nous mettent sous le nez des images insoutenables, mais se gardent bien de dénoncer la traite organisée de la Sécu, vache à lait alimentée essentiellement par les cotisants de longue date (les régularisés façon Valls n‘apportent pratiquement rien) : on ne peut pas non plus accueillir toute la misère du monde comme disait Mitterrand… Ainsi, même du point de vue étriqué du comptable, en prenant l’étude moyenne du CEPII l’on comprend déjà mieux le paradoxe des dépenses publiques : un budget qui manque cruellement de moyens financiers mais des gaspillages (politiques et non pas du tout de gestion) de l’ordre de 100 milliards d’euros par an sur l’ensemble Éducation, Police-Justice, et Immigration !

Quelle conclusion en tirer ? Il ne s’agit pas de revenir à une Instruction Publique, à la Justice républicaine de l’État Gendarme du 19ème, pour retrouver la moyenne européenne en termes de dépenses publiques/PIB. La France doit rester fidèle à son génie républicain, intégrateur, et généreux. L’argent récupéré sur une École réduite à un format plus naturel pourrait servir à financer un secteur public de la croissance verte, où les talents de la jeunesse trouveraient enfin à s’exprimer. Le retour de la discipline, de la rigueur républicaine et des sanctions permettrait de vider rapidement les prisons (où 28% des incarcérés sont d’ailleurs des étrangers) et de récupérer des fonds permettant une justice véritable, des prisons modernes et dignes, une police à nouveau respectée et servie par des fonctionnaires à nouveau enthousiastes. De proche en proche c’est tout le pays qui se remettrait en marche avec un cap clair, ce que demande le peuple à cor et à cri, un peu comme dans Regain de Giono. Angélisme ? Non, lucidité ! Le propre du bolchevisme dans les têtes c’est de nous faire croire que l’esprit et les peuples ne sont pas libres. Se désenvoûter, c’est la seule voie de redressement, qui permettrait en outre de transformer une immigration sauvage qui méprise le pays en authentiques nouveaux patriotes avides de servir une France éternelle qui aurait retrouvé sa fierté et la confiance en ses valeurs. Pas besoin de 6ème République, de décroissance ou d’autoflagellation, mais seulement de courage !

Panier