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Le billet du professeur KOLESSNIKOW N°10

N°10 : octobre 2021. L’Occident, Poutine et la Démocratie

 

Macron a été choisi par 25% des Français au premier tour en 2017. Poutine, lui, fut élu au premier tour en 2018 par plus de 75% des Russes. Que montrent ces chiffres ? On pourrait y lire que la France est plus démocratique, offrant un véritable choix à ses citoyens, alors que le leader russe élimine ses opposants. Que la Russie ne soit pas une grande démocratie, mais un régime plutôt autoritaire, c’est une évidence, mais que cela déplaise au peuple russe est beaucoup moins certain… En réalité si Poutine, aux affaires depuis 2000 sauf par Medvedev interposé de 2008 à 2012 (seule Angela Merkel élue chancelière en 2005 et qui se retire en 2021 peut lui être comparée sur ce point de la longévité au pouvoir), et ce jusqu’en 2036 (grâce aux derniers bidouillages de la Constitution), demeure extrêmement populaire ce n’est pas seulement parce qu’il tient ses opposants en laisse, notamment Navalny (le leader populiste qui se bat d’ailleurs plus contre lui que pour des idées), ou qu‘il exerce une forte pression sur les médias d’opposition, mais parce qu’il incarne à la perfection les valeurs massivement aimées du peuple : respect des traditions, amour de la famille et de la patrie, fierté nationale et reconstruction de la grandeur de l’empire russe… Fortement aidé par l’envolée des prix du pétrole de 2000 jusqu’en 2012, il a su mettre au pas la mafia, développer l’économie et améliorer le niveau de vie, s’imposer sur la scène internationale…

On a d’ailleurs tendance à oublier que la démocratie française n’est pas non plus toujours exemplaire : à gauche, DSK s’est curieusement laissé piéger dans une sordide affaire de mœurs à New York au moment précis où (bizarre) la présidentielle de 2012 lui était acquise, et à droite la candidature de François Fillon, qui devait remporter sans problème la présidentielle de 2017, a été torpillée par une campagne médiatico-judiciaire sortie juste au bon moment (rebizarre)… Bof, dira-t-on, c’est la bagarre politique habituelle ! Comme les méthodes dans notre pays sont moins brutales qu’en Russie les Français du coup ont plutôt l’impression d’être en démocratie : la politique est forcément machiavélienne que voulez-vous !… Erreur de perspective : la manipulation est à présent dépassée par le détournement de souveraineté populaire ! Les Français ont voté non à la Constitution européenne de 2005, cela a-t-il été suivi d’effet ? Les aurait-on consultés pour faire entrer les anciens pays de l’Est dans l’UE en 2004/2007 ? Les écouterait-on parfois, eux qui en ont plus qu’assez de l’immigration clandestine, de l’insécurité permanente, des attentats djihadistes, etc., et qui voudraient recouvrer la liberté de choisir leur destin ? Non ! On les effraie avec des réformes inutiles et la casse des services publics (école, hôpital, police, armée…). Les généraux en retraite qui ont tiré la sonnette d’alarme ont même été suspectés de vouloir préparer un putsch : c’est pathétique !!

En fait chaque civilisation a sa culture propre et son interprétation de la démocratie. Les Anglais de sa Très Gracieuse Majesté ont souhaité sortir de l’Europe et ils ont fini par y réussir. Les États-Unis, eux, ont une vision particulière de la démocratie : les affaires WikiLeaks, Snowden, Pierucci (l’ancien cadre français d’Alstom piégé pour soi-disant corruption), les prisons secrètes de la CIA où sont embastillés les gêneurs de par le monde, etc., donnent une vision glaçante des droits de l’Homme au pays qui se dit le phare de la liberté. Et la justice n’est la seule à se montrer expéditive en Amérique, la violence sociale est partout : gangs mafieux, expulsions immédiates dans la rue, absence de soins médicaux pour les pauvres, exploitation forcenée des minorités et illégaux, policiers cow-boys qui assassinent des Afro-Américains, tueries perpétrées par des cinglés à l’arme automatique, etc. Dans l’esprit américain tout cela est normal : tu dois te débrouiller tout seul ! Pourtant Obama, qui succédait à George W. Bush, a été suivi de Trump, lui-même battu par Biden ; les alternances de la démocratie US fonctionnent… Inversement de franches dictatures peuvent avoir également une véritable assise populaire comme en Chine, en Turquie, en Iran, etc. (et d’ailleurs à leur origine les institutions démocratiques ou autoritaires sont mises en place par la violence). Même le Japon offre un paysage déroutant : la stabilité des institutions démocratiques japonaises mises en place par les Américains après 1945 avec le multipartisme ne peut s’expliquer sans faire appel à la culture du consensus et à la ritualisation des rapports sociaux dans un cadre mental marqué par la hiérarchie et non l’égalité (le Japon n’a jamais été touché par les Lumières du 18ème). Il n’y a pas qu’un seul modèle de démocratie, qui de plus évolue…

Mais, alors que les présidents français passent d’ordinaire de 60 à 40% de cote de confiance entre le début et la fin du mandat, aujourd’hui la classe politique a fini de se déconsidérer et l’abstention monte en flèche ! Le peuple ne peut plus se faire entendre et ne se reconnaît plus dans ses chefs. Certes, l’on n’a pas vu en France l’Élysée investi par des manifestants (comme le Capitole en janvier 2021) ou des chefs d’État abattus en pleine rue comme John (1963) puis Robert (1968) Kennedy ou blessés comme Reagan (1981) ! Et si la France compte quelques suicides politiques suspects, en Russie, Nemtsov, lui, a clairement été abattu, Navalny empoisonné, Khodorkovski vit à Londres (là où furent assassinés Berezovski et Litvinenko), Kasparov à New York… Les Russes préfèrent-ils l’ordre de Poutine au chaos démocratique eltsinien ? Voire… La vérité c’est aussi qu’il n’y a pas d’offre politique alternative à part les communistes. Et paradoxalement, en France, on a un paysage semblable : Marine le Pen est un peu l’équivalent de Jirinovski, Groudinine s’appelle Mélenchon et l’UMPS rassemble les courants du grand ventre mou centriste à l’instar des Mironov, Jouravlev et autres Iavlinski… Mais il reste une différence notable par rapport à la Russie, c’est l’absence de vrais hommes d’État en France depuis longtemps : nous sommes entrés dans l’État-Spectacle…

Et ce n’est pas tout ! Le peuple français n’a plus du tout voix au chapitre : l’opinion est bâillonnée par un pouvoir médiatique qui parle à sa place ! Et partout en Europe la technocratie de Bruxelles s’assied sur la souveraineté populaire… Avant de donner de grandes leçons de démocratie à la Russie, l’Occident ferait mieux de balayer devant sa porte ! Les États-Unis, après avoir voulu installer de force leur système politique en Iran (1953), Irak (2003), Afghanistan (2001-2021) et mis le feu au Moyen Orient, doivent la jouer modeste ! La démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, disait Abraham Lincoln en 1863 dans son discours de Gettysburg (deux ans avant d’être assassiné). Elle a mis des siècles à s’implanter en Europe et maintenant elle est attaquée, non par le populisme ou la réaction, mais par le totalitarisme politcorrect ! Précisons que le populisme c’est le nom, donné en Europe aux courants qui respectent la volonté populaire, par les lobbies ultra minoritaires, agressifs et militants, qui ont récemment importé du progressisme américain les vaches sacrées des mouvements LGBT, islamogauchistes, théories du genre, cancel culture, discriminations positives, décroissance, dissolution de toute identité, etc., pour les imposer de force aux peuples et leur arracher du cœur leurs valeurs traditionnelles. La Russie, elle, est un empire depuis le tsar Michel 1er Romanov 1er (1613) jusqu’à la chute de l’URSS (1991). La parenthèse démocratique de Eltsine signifie pour le Russe de base : crise économique, chaos, mafia, corruption, écroulement du pays ; il n’a pas les mêmes références que l’Europe. Ainsi des démocraties extrêmement violentes comme la Russie de Poutine ou les États-Unis sont-elles activement soutenues par leurs populations (elles-mêmes très divisées politiquement), alors qu’en Europe nos institutions apparemment respectueuses des citoyens sont souvent critiquées, rejetées, voire méprisées par le peuple !… Singulièrement en France et pourquoi ?

Eh bien la République française n’est plus vraiment ce qu’elle était ! Les mouvements progressistes (au sens du 21ème siècle) prétendent développer la démocratie alors qu’ils militent pour la ruine des nations, la disparition des frontières (pourtant seules gardiennes de la paix entre les peuples puisque sinon c’est le retour aux places fortes du Moyen Âge pour résister aux invasions), l’écrasement des nobles aspirations de la jeunesse (qui souhaite le respect de l’homme, de la nature, des croyances, de la justice, des talents, et la construction d’un monde meilleur) et même en réalité le rejet de la laïcité et de son vivre ensemble, au profit de la promotion d’un racisme antioccidental et d’un multiculturalisme de façade laissant place à une idéologie dominante New Age (mouvement Woke), encore confuse mais déjà totalitaire. Ayant réussi depuis une vingtaine d’années à investir idéologiquement le monde des journalistes branchés et des mandarins carriéristes de l’université, ces lobbies, fortement écoutés par une « droite-gauche caviar » qui ne comprend même pas qu’on lui passe la corde autour du cou (mais déjà à l’époque de l’URSS elle avalait sans problème le vocable de « démocraties populaires » de l’Est), s’appuient sur les franges d’une magistrature depuis longtemps droguée au marxisme (pour laquelle le coupable c’est la victime, le judiciaire ne doit pas rendre une « justice de classe », l’étranger a plus de droits que le national, etc.) pour prospérer politiquement. Notre démocratie est en crise. L’idéologie des minorités actives progressistes a perverti la 5ème République. Il serait temps de se réveiller !

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