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Le billet du professeur KOLESSNIKOW N°7

N°7 : juillet 2021. La célébration du bicentenaire de la mort de Napoléon 1er et la cancel culture

Avec la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon 1er l’intelligentsia française vient de s’offrir un de ces épisodes kafkaïens dont elle a le secret depuis une trentaine d’années. Comment ?! Célébrer Napoléon !!!! mais il a rétabli l’esclavage en 1802 ! Politiquement coincé, le président Emmanuel Macron s’est alors adonné à une « commémoration éclairée » en demi-teinte, typique de son amour du « en même temps ». Seulement voilà, loin d’être une résolution des contradictions cette façon de faire a tout d’un noyage de poisson… Après l’anéantissement du roman national par la critique marxiste des années 60/70 qui casse l’intégration sociale, voici venir d’Amérique (comme d’habitude) la dénonciation de l’impureté morale pour asseoir le mondialisme destructeur de biodiversité culturelle. C’est un avatar du politcorrect, lui-même issu de la digestion américaine du marxisme européen ; retour à la case départ !

Historiquement Bonaparte, 1er Consul à l’époque, gère une situation géopolitique complexe face à l’ennemi héréditaire anglais, qui possède un gigantesque empire colonial, et avec lequel il a conclu la fragile paix d’Amiens en 1802.  À la fin du 18ème/ début 19ème l’esclavage est encore partout mais les associations anti-esclavagistes sont actives en Angleterre, en France et aux Amériques. La Convention a certes aboli l’esclavage en 1794 mais sur le papier uniquement, sauf en Haïti où Toussaint Louverture qui se rallie à la Révolution aide les Français à chasser les Espagnols et leurs alliés anglais de l’île avant de mener l’insurrection contre la métropole et de signer des traités de commerce en 1799 avec les Anglais et les Américains, indépendants depuis 1776 (et que les Français avaient militairement aidé à se débarrasser de la tutelle britannique). Saint Domingue est un enjeu considérable en termes de production de sucre, coton, café, et Bonaparte caresse le projet à l’époque d’un vaste empire colonial intégrant la Louisiane française pour faire pièce aux Anglais. Mais devant les difficultés de la reprise en main de Saint Domingue, il tourne la page lorsque la guerre contre les Anglais et leurs alliés recommence et vend la Louisiane en 1803.

Contextualiser la question c’est le b.a.-ba de l’historien, mais il faut également la mettre en perspective… L’esclavage, sur lequel reposait la société antique, disparaît avec la féodalité, progressivement constituée (lors de la chute de l’empire romain puis des grandes invasions barbares) au profit du servage, un statut intermédiaire entre l’esclavage et le salariat. Avec la révolution communale (11ème/13ème) et la réapparition d’une économie urbaine en Europe du Nord-Ouest la corvée se mue en paiement de rente foncière et dès le 18ème siècle c’est une agriculture capitaliste de marché qui se met en place. Par contre la traite négrière connaît alors son apogée en Amérique espagnole puis dans les colonies de l’Amérique du Nord (où l’esclavage perdure jusqu’à la guerre de sécession 1865). Dans les sociétés traditionnelles de l’Europe orientale et en Asie c’est plutôt des formes de domination paysanne proches du servage qui prévalent. En Russie le servage se développe au 18ème avec les despotes éclairés, avant d’être aboli par Alexandre II en 1861. Sur le continent européen les mouvements anti-esclavagistes fin 18ème début 19ème parviennent à le faire interdire dans les colonies au début 19ème en gros. En Afrique du Nord l’esclavage se maintient avec l’islam (surtout pour les non musulmans) jusqu’au début 19ème où il disparaît grâce à l’occupation française. En Afrique noire il finit également par disparaître en liaison avec la colonisation européenne qui se pique d’un sentiment libérateur (statut de l’indigénat dans les colonies françaises par exemple). Au 20ème par contre il explose dans les pays totalitaires (notamment avec le Goulag soviétique, une réserve pharaonique permanente de dix millions d’esclaves).

Cela dit le déplacement du terrain sur lequel portent les critiques concernant la figure de l’empereur Napoléon 1er est très révélateur de la société actuelle : auparavant on lui reprochait surtout d’avoir saigné la France avec ses campagnes militaires interminables, sa folie des grandeurs qui le pousse à l’expédition moscovite, et d’autres encore pensaient qu’il avait stoppé l’élan révolutionnaire : des thématiques qui sont tout autant pertinentes. Mais outre que Bonaparte était surtout acculé à faire la guerre à ses ennemis (Angleterre en tête) qui voulaient anéantir justement la Révolution française, force est de reconnaître qu’il aura finalement permis d’asseoir la victoire de la civilisation nouvelle en France (modernisation des institutions et retour de la paix civile), stabilisant les acquis de 1789 au-delà de l’habillage politique de l’Empire en lieu et place de la République. De même il aura apporté en Europe cette idée neuve du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Enfin Dieu sait de quelle folie la Révolution française eût encore accouché sans l’Empire, elle qui avait déjà répandu les fleuves de sang de la Terreur !!

C’est tout de même un comble qu’en France même certains auraient voulu occulter la commémoration du Français le plus connu de par le monde, le plus admiré, même auprès de ses ennemis (chaque année les Russes recréent la bataille de Borodino), unanimes à reconnaître son génie militaire et ses talents d’homme d’État. Il a tout de même forgé la colonne vertébrale du pays pour le siècle à venir, ajoutant les préfets à la création des   départements et des communes, promulguant le code civil de Cambacérès (certes misogyne), instituant les lycées, le franc germinal, les cours d’appel, les chambres de commerce, le baccalauréat, le code pénal, la Cour des comptes, aménageant le Louvre, faisant construire l’Arc de triomphe, la colonne Vendôme, le palais Brongniart (la Bourse), des ponts, des canaux, des jardins, etc… Son œuvre sera prolongée par le Second Empire de son neveu Napoléon III (qui lance l’industrialisation française), puis par la 3ème République qui assure la cohésion de la nation avec l’école de Jules Ferry, celle des hussards noirs de la République. Excusez du peu !

Il convient de noter pour finir que la cancel culture actuelle est surtout relayée en France par des personnes et des minorités provenant de la gauche radicale ou au contraire des bobos politico-médiatiques issus de la gauche caviar, des acharnés des mouvements antiracistes, anticolonialistes, anti-homophobes, etc., qui se battent contre des moulins à vent car personne dans notre pays n’attaque les droits des homos, ne met en cause l’égalité hommes-femmes,  ne nie le principe républicain du respect des cultures, des croyances et de la dignité des personnes de couleur… Mais il s’agit d’un procès d’intention et à effet rétroactif ! Alors il faudrait changer le titre « Dix petits Nègres » d’Agatha Christie, déboulonner les statues de Colbert, censurer les sketches de Michel Leeb ! On pourrait en sourire si la véritable motivation de ces gens-là n’était pas la haine de la France, le rejet de ses racines traditionnelles, de l’amour de la patrie, la détestation de ceux qui ont le sens de l’honneur, du devoir, du sacrifice pour aider autrui, œuvrant réellement comme le fit l’abbé Pierre avec ses Fondations, ou Coluche avec les Restos du Cœur, et toutes autres associations de bénévoles comme la Croix Rouge, pour venir en aide à la misère et au malheur. Je crains d’apercevoir derrière le progressisme actuel et son amour abstrait et entêté d’une idée du Bien une culture de destruction morbide.

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