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Le billet du professeur KOLESSNIKOW N°3

N°3 : mars 2021. Le paradoxe français des dépenses publiques

La France avec 57% de dépenses publiques par rapport au PIB est championne (ex aequo avec la Finlande en 2016). Cet ensemble se partage lui-même ainsi : 35% pour l’État, 20% pour les Collectivités locales et 45% pour la Protection sociale. Hors protection sociale, le poids de l’État seul, en France, est de l’ordre de 18% du PIB comme pour la moyenne européenne. Les services collectifs nécessaires au fonctionnement d’un pays moderne doivent être assurés d’une manière ou d’une autre (on doit noter la différence qui porte sur le degré de décentralisation, élevé en Espagne et en Allemagne) ; Reste que notre pays est dans une fourchette haute pour le nombre d’emplois publics par habitant : 14,5 pour 100 habitants au Danemark (13 en Finlande ou en Suède), 8 en France, contre 6 en Allemagne (qui se situe dans la médiane européenne), de l’ordre de 5,7 en Italie et en Espagne, 3,3 en Grèce.

C’est tout d’abord que le choix privé/public (en matière de santé, d’enseignement, retraites, équipements collectifs, aide au logement, etc.) est culturel et politique ; c’est là ce qui explique fondamentalement la différence entre taux de prélèvements obligatoires des nations : les États-Unis et le Royaume-Uni accordent par exemple une place importante aux fonds de pension privés alors qu’en France ou en Allemagne les retraites sont essentiellement financées par la sécurité Sociale ; Si l’on regarde de près, on s’aperçoit que les dépenses de santé aux États-Unis sont les plus élevées au monde 17% du PIB (contre 11% en France), mais elles ne comptent que pour 8% du PIB : là-bas les personnes recourent essentiellement au privé où les soins sont très coûteux et les pauvres sont mal ou pas du tout soignés (30 millions d’Américains n’ont pas d’assurance santé). C’est ensuite que la France, dotée d’une force nucléaire indépendante depuis De Gaulle, est une puissance militaire bien plus importante que l’Allemagne (interdite de force armée après 45 et sous parapluie américain), ou même que le Royaume-Uni (très lié, tant sur les plans de la diplomatie que de la technologie militaire, aux États-Unis d’Amérique via l’OTAN, actuellement en “mort cérébrale”)…

Ainsi la seule analyse comptable ne saisit-elle pas l’importance des traits politiques et culturels, même entre pays comparables : avec son système ultra centralisé et complexe la France offre des hôpitaux moins bien équipés et manquant de personnel par rapport à l’Allemagne alors qu’il s’agit de deux systèmes de sécurité sociale bismarckiens. On manque de lits d’hôpitaux, d’infirmières, etc., les salaires sont à la traîne à l’hôpital public, où les réformes de gestion purement comptables se sont révélées catastrophiques (tout comme la décentralisation administrative au niveau de l’intercommunalité ou des Régions, qui n’a entraîné pour l’essentiel que confusion des compétences et non gains d’efficacité)… Inversement la France est bien plus généreuse que ses voisins en ce qui concerne les retraités, l’allocation chômage, RSA et autres aides à la personne, là où les réformes Schröder 2003 ont sacrifié les petits retraités avec un taux de pauvreté après 65 ans devenu double de celui de la France (17% contre 7,8% en 2017) sans parler du scandale absolu des contrats “zéro heure” au Royaume-Uni, où les chômeurs renouent avec la précarité (ou flexibilité en argot ultralibéral) du 19ème siècle, l’époque de Dickens et de Zola… Diminuer les dépenses et services publics, c’est en fait casser la production et augmenter le ratio dépenses publiques/PIB ; au contraire maintenir les dépenses en aidant la transition économique vers la 3ème RI c’est le seul moyen de le faire baisser. La diminution des charges des entreprises n’a jamais créé d’emploi, la seule aide aux entreprises c’est de leur amener des clients !

On sait très bien que les services publics en France manquent cruellement de moyens tant en matériel qu’en personnel : c’est vrai pour la Police (sinistrée par Sarkozy), pour la Justice, pour l’École, pour l’Hôpital (sinistré depuis 30 ans), pour l’Armée. On sait très bien que la fonction publique est plus au large dans l’administration des impôts et dans la fonction territoriale, mais là n’est pas l’essentiel et ce n’est pas en déshabillant Paul que l’on peut habiller Jacques (politique Macron avant l’ouverture des vannes budgétaires liée au Covid). Non ! On se trompe de combat en incriminant le poids de l’État : la vraie spécificité française c’est la marxisation avancée de ses élites qui aboutit à des réformes s’évertuant depuis plus de 40 ans à casser méthodiquement la République : les réformes scolaires des pédagogistes ont créé une “Union Soviétique Scolaire” inefficace, antidémocratique et dispendieuse ! Alors que l’Allemagne n’a jamais pensé qu’il fallait amener un maximum de jeunes à Bac+5, mais agit sur la formation professionnelle, nous jetons des dizaines de milliards d’euros par les fenêtres chaque année en pure perte, produisant l’amertume des jeunes et des professeurs, le déclassement social et le recul scolaire dans les enquêtes PISA… Quant à la puissance montante des juges qui ont déclaré après 68 que le coupable était la victime, elle a abouti à une politique de prévention au coût monstrueux et sans limites et à une disparition quasi-totale de la répression, ce qui désespère le policier et le dégoûte de faire son travail (dangereux et mal payé) pour protéger l’honnête citoyen. 95% des dégradations de mobilier public sont le fait de mineurs qui ne risquent rien et les zones de non droit pullulent dans toutes les villes…

Les cervelles rigides des politiciens de gauche et de droite qui refusent d’admettre l’insécurité croissante, les dégâts de l’immigration clandestine et incontrôlée et la stupidité contreproductive des politiques de discrimination positive sont les véritables responsables de l’inefficacité de l’État. Une école respectueuse des talents et de l’élitisme républicain serait deux fois plus démocratique et deux fois moins chère. Même chose pour la justice qui a besoin de règles, de prisons et de programmes de réinsertion. La volonté ne s’achète pas et ne coûte rien ! Ce qui manque c’est la discipline, le civisme, l’autorité de l’État, qui a été savamment cassée, moquée, tournée en dérision. Mais une fois que les bobos et faux intellectuels se sont emparés du pouvoir médiatique, il est difficile de les en chasser. Raison de plus pour réagir tout de suite : revenons à la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et à son équilibre, c’est plus intelligent que de foncer tête dans le guidon vers le rêve d’une 6ème république. Les vrais désastres sont toujours le fait de charmantes utopies !

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