Skip to main content

Le billet du professeur KOLESSNIKOW N°2 :

N°2 : février 2021. Qui suis-je ? Où cours-je ? Dans quel état j’erre ?

La crise du Covid nous fait réfléchir et c’est bien ! Seul le choc avec le réel peut nous réveiller…

Depuis un quart de siècle les journalistes spécialisés attendent la reprise économique, mais comme sœur Anne ils ne voyaient rien venir. Nous ne sommes plus à l’époque des Cassandre de la “crise finale du capitalisme”(qui ont rejoint dans la tombe l’espérance communiste avec l’effondrement de l’URSS en 1991) : on a eu droit en 1992 à “La fin de l’histoire” de Francis Fukuyama (conseiller de Reagan, puis de Bush, et enfin soutien d’Obama), aux prévisions autorisées des “experts-comptables” des grands organismes internationaux : OCDE, FMI, OMC et autres G7, qui alimentent les rumeurs à Wall Street (mais dont aucun n’avait vu venir la crise financière de 2008), au “Choc des civilisations” de Huntington en 1997, etc… Puis sont revenus les thèmes du Club de Rome et de l’écologie de 1970remixés à la mode de la décroissance des années 2000 : haro sur le baudet de la société de consommation qui nous mène droit vers l’aliénation, la pauvreté et la crise environnementale !

Bref  l’idéologie dans toute sa splendeur… Dans la réalité des faits économiques et sociaux, la croissance des Trente Glorieuses s’est enlisée dans la crise de 1974 (crise du Fordisme) dont nous ne sommes jamais sortis !…  Nous avons certes tenu compte des erreurs du passé (l’entre-deux-guerres et son cycle funeste : crise, protectionnisme, guerre), mais, pris depuis la fin du 20ème siècle dans le tourbillon de l’ultralibéralisme, nous n’avons pas pris la mesure de la 3ème Révolution Industrielle (qui démarre en 1980 avec les robots, l’électronique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication et en arrive aujourd’hui aux moteurs à hydrogène et aux biotechnologies). Nous n’avons pas compris qu’il fallait la diriger vers sa passation de relais avec la 2ème Révolution Industrielle mourante (automobiles, électricité, chimie, etc.). À l’époque de la crise de 29, seul le grand Schumpeter entrevoyait la suite, à savoir la société de consommation avec laquelle nous avons éradiqué la pauvreté de masse et bâti la social-démocratie (mais il n’avait pas vu la nécessité d’une nouvelle régulation permettant un équilibre entre le capital et le travail).

C’est l’incompréhension des racines économiques de la crise de 29 qui aura conduit à la victoire du fascisme et à la guerre de 39/45 et seuls les combats syndicaux et politiques du début 20èmeauront permis (sans le vouloir : ruse de l’histoire dirait Marx), de sauver le capitalisme et de relancer la croissance. Aujourd’hui tout se répète : nous pensons que c’est la fin du monde, le réchauffement climatique nous inviterait à un New Age stabilisé, apaisé, multiculturel, post-national et une société nouvelle du transhumanisme. Toujours les ravages du prêt-à-penser idéologique dont nombre d’esprits intelligents mais carriéristes se servent comme tremplin dans la société du spectacle qui éclôt sous nos yeux, pour se faire aduler comme journaliste, écrivain, chanteur ou autre philosophe. “L’économie de l’Offre” était nécessaire pour sortir de la toute-puissance syndicale qui bloquait l’adaptation nécessaire des entreprises fin 20ème siècle lorsque le profit était devenu une obscénité en regard de la morale marxiste. Mais il a fallu ensuite intégrer la chute du bloc de l’Est dans les années 1990, la poussée des pays émergents et notamment de la Chine, la critique de l’islamisme radical…Entretemps les syndicats sont morts, la crise s’est étendue avec la mondialisation et l’ultralibéralisme, et le capitalisme est revenu à sa situation du 19ème siècle…

À nouveau prolétarisation et appauvrissement des masses et enrichissement extrême des franges privilégiées des élites bourgeoises qui se réfugient dans la bien-pensance politiquement correcte et la langue de bois. La poussée populiste des Boris Johnson, Donald Trump, Hugo Chavez et autres Bolsonaro n’est pas seulement un remugle de l’entre-deux-guerres, elle marque la réticence des peuples contre la poursuite d’une austérité sans fin, contre le progressisme avancé des élites BCBG (de droite ou de gauche) derrière lequel ils reniflent l’apparition d’un totalitarisme insidieux. Tout comme les bolcheviks de 1917 ces dernières sont habitées par la certitude de représenter le camp du Bien mais portent un esprit de mort qui s’affine de jour en jour : perte des repères sociaux, politiques et moraux, audience toute puissante des minorités fanatisées et relayées par le pouvoir judiciaire et médiatique, par les stars de la Science Hollywood et de l’État spectacle.

Pourtant l’avenir peut être radieux : la fantastique civilisation nouvelle qui sourd aujourd’hui, à condition de n’être pas laissée en pâture au seul jeu du marché (lequel aurait tôt fait de la pervertir avec des jeux basés sur la violence, la pornographie ou le divertissement stupide), laisse entrevoir une possible sortie globale et heureuse de crise. Le grand déclassement ne sera vaincu que par les luttes sociales qui accompagneront la nouvelle croissance, le grand réchauffement ne sera plus qu’un gigantesque marché des technologies de la croissance durable (l’inventivité humaine est sans bornes sous réserve d’un espoir de profit), et le grand remplacement laissera place à une mondialisation plus équilibrée, permettant aux peuples pauvres et aux sociétés dominées de construire leurs nations et leurs fiertés. Ce qui ne passe pas par une politique de laxisme ou de discrimination positive mais par un retour au parler vrai sur l’immigration, la laïcité et les inégalités. Ce serait “le grand braquet” : cap sur une humanité réveillée et courageuse.

 

 

Panier