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Le billet du professeur KOLESSNIKOW N°1

Janvier 2021. Le Covid-19 nous en apprend pas mal sur notre société !

La crise du Covid est un fantastique révélateur des problèmes de notre société. Aujourd’hui je voudrais en relever un aspect : l’ambiguïté des rapports entre science et idéologie. Au-delà des questions médicales (d’où vient ce virus, comment il se transmet, etc.) nous avons assisté à un combat de scientifiques. Eh oui, on l’avait oublié : la science en tant que savoir absolu, inattaquable (le fameux “État de la science à l’instant t“) n’existe pas ! L’Histoire des sciences montre des courants scientifiques qui s’opposent les uns aux autres et se combattent durant des dizaines d’années, voire bien plus (et même dans les sciences dures).

Déjà, la science est portée par le scientifique, qui est un être humain avec son cursus, sa vision des choses. La connaissance est une production sociale et pas seulement intellectuelle : non seulement le chercheur est pris dans un moule d’habitudes intellectuelles quand il aborde un problème, mais encore et surtout il appartient à une équipe. Pas de science sans argent : à partir de là tout se complique… impossible d’aller contre les thèses du chef, il faut bien commencer par faire carrière sans quoi pas de labos, pas de recherches, pas de publications ni d’honneurs ou de reconnaissance. Et plus on est arriviste, plus on accepte de compromis, de soutiens, etc. On oublie l’honnêteté intellectuelle pour les avantages du carriérisme.

L’affaire Raoult me fait inévitablement penser à celle de Galilée. Dans les deux cas un grand savant, dans les deux cas une personnalité exubérante, dans les deux cas un establishment scientifique fermé. L’Église catholique au 17ème siècle campe sur les positions de la cosmologie de Ptolémée, mais elle a le pouvoir et reproche à juste titre à Galilée de présenter une croyance et non une théorie scientifique (il faudra attendre deux siècles pour établir scientifiquement l’héliocentrisme). Aujourd’hui Didier Raoult n’a pas non plus de preuves irréfutables que son protocole hydroxychloroquine + azithromycine (utilisé au début) soit réellement efficace. Du coup dans les médias les journalistes-girouettes formés à l’idéologie Sciences-Po déroulent le tapis rouge au monde universitaire mandarinal traditionnel et parlent même de populisme scientifique à l’égard de Raoult.

Mais comment ne pas voir que les seuls qui auraient les moyens matériels de financer les essais cliniques randomisés comparatifs en double aveugle sont précisément ceux qui les stoppent sous la pression médiatico-politique de leurs opposants qui sont en conflits d’intérêts avec Big Pharma… Comment ne pas hurler au scandale lorsque la revue scientifique phare The Lancet retire en juin 2020 son étude foireuse incriminant l’hydroxychloroquine, lorsque l’OMS déclare que finalement le remdesivir de Gilead, acheté à prix d’or par l’Europe, est bon pour la poubelle… Les journalistes n’ont guère relayé ces informations, passant dessus à toute vitesse, preuve qu’ils ont une vision très idéologisée de leur métier. Le téléspectateur de base s’aperçoit alors que les diplômes universitaires ne sont pas finalement une garantie de scientificité et que les choses sont plus compliquées.

Cette crise sanitaire révèle la divergence profonde entre les hommes qui font avec passion de la médecine de terrain et le point de vue des hommes du sérail qui ont poursuivi une carrière brillante sur les rails bureaucratiques de leurs institutions. Nos petits-enfants sauront plus tard qui avait scientifiquement raison, de Raoult le savant isolé ou de Delfraissy qui a confiance en l’establishment. Ce n’est pas mon propos ; je souhaite seulement attirer l’attention sur l’importance de l’idéologie dans les prises de positions scientifiques. Un prix Nobel ou un statut de professeur au Collège de France c’est bien, mais comment y parvient-on ? C’est le mariage de l’intelligence et d’une idéologie dans le vent qui vous permet de mettre le pied à l’étrier et de faire ensuite un parcours socialement exemplaire. Après le temps fait son œuvre et la vérité sort du puits. Bref derrière la science : l’argent, le pouvoir et l’idéologie, ce qui va très loin : a-t-on écouté par exemple les économistes critiques, et donc interdits de parole, qui mettaient en garde contre la casse des services publics ? Non, car il est interdit depuis une bonne trentaine d’année de penser autrement qu’en termes ultralibéraux ; le candidat Fillon voulait même supprimer 500 000 fonctionnaires !

C’est cela que la crise sanitaire révèle également : l’importance prise par l’État-Spectacle et la Science-Spectacle ! Ainsi mesure-t-on à nos dépens les ravages de l’idéologie ultralibérale (mais appliquée par les gouvernements de gauche comme de droite) qui ont abouti à casser le système hospitalier en France par des politiques suicidaires d’austérité menées depuis plus de trente ans. Je reviendrai dans un autre billet sur le paradoxe de l’État français champion des prélèvements publics et manquant cruellement de services publics… Un pays gouverné par des experts-comptables ne peut aller très loin. Connaissez-vous l’histoire de ce tzigane qui avait décrété un jour que manger était une question d’habitude et que l’on pouvait se restreindre sans dommage : à force de moins nourrir son cheval, la pauvre bête en est morte. C’est là presque ce qui arrive à notre hôpital. Bref il n’y a pas que le réchauffement climatique à prendre en compte, nous devons également réchauffer notre cervelle !

 

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